Arts Magazine Juin 2013

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Elena’s Aria, une ode à la féminité

Depuis sa création en 1984, Anna Teresa De Keersmaeker investit les plateaux avec Elena’s Aria porté par cinq danseuses aux robes moulantes et talons hauts. Dans une répétition incessante de phrases, soulignées par une tribu de chaises colorées, elles transpirent la féminité en quête d’identité dans une société en constante reconstruction.

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Dans un silence pesant, l’écriture de Tolstoï lue par Fumiyo Ikeda résonne et s’envole laissant présager une pièce chorégraphique portée par l’absence et l’errance de corps en quête d’équilibre. Grandes, gracieuses et assurées, les cinq danseuses juchées sur des talons hauts et vêtues de robes moulantes beiges reflètent une féminité assumée. Certaines, assises regardent les autres évoluer, chercher les pas qui leur permettraient de rentrer dans le rang, de prendre part à un seul et même mouvement.

Une d’entre elles tâtonne, observe, s’enfuie, effrayée par la rencontre, quand une autre, curieuse, amuse le spectateur par sa volonté d’appréhender les gestes coûte que coûte. Entourées de chaises, à la fois en groupe et alignés au centimètre près, ces interprètes évoluent entre des personnages de bois, de métal et de tissus.

Des hommes, des enfants, des femmes … Nul ne sait qui ils sont mais leur identité propre, leur couleur et leur matière ne font qu’accentuer leur état d’objets personnifiés communiquant avec un langage corporel exacerbé. Comme une partition évolutive aux mouvements entraînés par la régularité d’un métronome, la chorégraphie apparaît et disparaît de façon cyclique. Des moments de pause en suspension dans l’espace laissent place à des échappées en solo, duo et trio. Le cercle tracé au sol participe à casser la fusion quasi maladive du danseur et de l’objet qui, quittant ce schéma rassurant se retrouve sur un fil de craie blanche, en équilibre au-dessus du vide.

Ici, pas de musique, seuls le souffle de leur respiration et le cliquetis de leurs talons rythment leurs phrases de temps en temps soulignées par les notes de Mozart et la voix de Donizetti. Puis sur un air d’opéra grésillant, les corps s’effondrent, tombent lourdement et glissent de tout leur long sur le sol, les dos s’arrondissent, se recroquevillent comme ces immeubles sous le poids des bombes qui explosent en silence.

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Quelle que soit leur position par rapport à l’autre et à leurs propres appréhensions, elles sont profondément ancrées dans le sol révélant une présence scénique inédite. Tantôt en tension, tantôt en relâchement, tantôt en fermeture, tantôt en ouverture, elles ne perdent jamais de vue leur féminité et leur sensualité qu’elles révèlent par petites touches plus explicites : une robe relevée au-dessus des genoux, un talon qui claque sur le sol, une main passée délicatement dans les cheveux, des jambes croisées …

Elena’s Aria, malgré les répétitions incessantes de phrases plongeant le spectateur dans une lassitude latente réussit par la force gracieuse des corps et la mise en scène très épurée à nous tenir en haleine. L’intervention quasi silencieuse de fonds sonores permet à la création chorégraphique d’atteindre une grande liberté laissant place aux vecteurs essentiels : la danse et son langage.

Photos : Herman Sorgeloos

Petites histoires sexy de l’Histoire de France. Quand Margaux Guyon culbute l’Histoire de France

Il est des histoires qu’on invente et d’autres véridiques, fruits d’évènements décisifs qu’on imprime dans les livres scolaires. Avec Petites histoires sexy de l’Histoire de France, son deuxième ouvrage, Margaux Guyon se situe au croisement des deux racontant par touche des anecdotes coquines, les enrobant de taffetas reluisant, conférant à ces historiettes un arrière-goût de légende.

Petites histoires sexy de l'Histoire de France

N’y voyez aucun pavé lassant enchaînant les repères chronologiques, mais plutôt un éventail de découvertes historiques ludiques réveillant le sourire et la surprise. Apprendre en s’amusant, tel pourrait être le credo de ces Petites histoires sexy de l’histoire de France. Ce livre est fait de telle sorte qu’il est plaisant de glaner au gré des envies et des affinités avec certains personnages historiques, le récit le plus inspirant. Catherine de Medicis, Henri IV, François Ier et son membre bien portant, Marie-Antoinette et son amant, le conte Fersen qui fut peut-être le père d’un de ses enfants, Mata Hari, Victor Hugo et ses putains patriotes … Tous y passent comme si la cour royale et l’intelligencia française étaient des nids de proliférations sensuelles et sexuelles.

Mais, il ne faut pas lire cet ouvrage comme une référence permettant de comprendre les rouages de l’Histoire de France mais davantage comme un divertissement venant compléter voire corroborer de nouveau des rumeurs et oui dires. Loin d’être un livre érotique, malgré un écriture décrivant délicatement les exploits sexuels des différents protagonistes,Petites histoires sexy de l’Histoire de France choisit de placer ces personnalités – où ces dames sont dépeintes comme des êtres de pouvoir – dans des situations où le plaisir prend le pas sur leur instinct de fin stratège et de politicien aux plans machiavéliques.

Construit par ordre chronologique débutant par  » Dagobert, le premier sans culotte  » et se terminant avec  » Félix Faure et Jean Déniélou, ou ceci est vraiment une pipe « , l’ouvrage de Margaux Guyon place ces hommes et ces femmes aux destins d’exception dans un quotidien nourri de désirs à assouvir, et de perceptions sexuelles exacerbées à combler.

Entremêlant récit et dialogue, elle traverse les plus célèbres couches n’hésitant pas à les draper de références historiques et de paroles rapportées comme cette célèbre phrase de François Ier « Tel est mon bon plaisir ».

En une dizaine de pages pour chaque chapitre, Margaux Guyon réussit avec légèreté, subtilité et discernement à ne jamais tomber dans la grossièreté. Au contraire, elle relate avec tact, non sans un malin plaisir, ces histoires que même les plus érudits n’oseraient pas raconter. Et pourtant, elles participent à l’appréciation d’un passé dont la gloire ne peut être dissocier de relations allant bien au delà de la simple courtoisie et bienséance.

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