Solness le constructeur, montagne à gravir pour atteindre l’illumination

Avec Solness le constructeur, Henrik Ibsen se lance dans la quête insaisissable d’une identité perdue anéantissant toutes chances d’épanouissement. Dans une mise en scène évolutive signée Alain Françon, les rayons d’un soleil de mots transpercent les personnages pouréclaircir leurs regards, leurs vies et leurs âmes.

La pièce écrite par Henrik Ibsen en 1892 et adaptée par Alain Françon tient sur une promesse. Celle faite à une jeune fille, Hilde Wangel (Adeline d’Hermy) il y a dix ans par Halvard Solness (Wladimir Yordanoff), un homme désireux de séduire et en mal de reconnaissance. L’homme en question est architecte et égocentrique.

À la tête d’un cabinet aux projets résidentiels, Solness emploie un vieil homme malade, interprété avec sincérité par Michel Robin, si bien qu’à certains moments la peur de le voir s’écrouler sur scène surgit. Père de Ragnar Brovik, la trentaine, il fera en sorte, avant son décès, de convaincre l’architecte en chef de laisser son fils lui prouver son talent en lui confiant un chantier.

Il semblerait donc que leur vénération pour le maître soit sans faille. Dans un besoin d’amour et de reconnaissance ultime, la jeune secrétaire, un tantinet nunuche, Kajar Fosci, interprétée par Agathe L’Huillier qui en fait beaucoup trop, va jusqu’à lui baiser les pieds. Ce cadre aseptisé par le respect à la lettre des didascalies, place l’intrigue dans un tumulte des sentiments et une confrontation du paraître dans un va-et-vient de personnages clichés : Solness le bourgeois séduisant et imbu de lui-même, sa femme, insignifiante et le médecin intrusif.

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Dans cette lourdeur classique d’échanges platoniques surgit une lueur d’espoir, du nom d’Hilde, portée par la rayonnante Adeline d’Hermy. À contre-courant de ce groupe marqué par les  conventions sociales, cette jeune femme d’une vingtaine d’années aux cheveux dorés arrive comme une bulle d’air, une pépite vêtue à la montagnarde. Cette percée jouissive va bouleverser le quotidien de Solness en proie aux doutes. Hilde est descendue de sa « haute » montagne pour se voir combler de la promesse faite par l’architecte il y a dix ans : lui édifier un château.

Devant le scepticisme de son « grand » Solness, elle lui remémore un baiser, fruit de cette proposition légère. Ces retrouvailles inattendues, cette apparition légère dans la vie de l’architecte arrive comme un point de rupture dans le texte, qui se fait alors plus vaporeux et dilué. D’un décor de bureaux massif et structuré, le plateau tournant révèle un jardin d’hiver clair, surmonté d’une verrière transparente.

Ce deuxième acte prend en otage trois personnages au coeur d’un tourment affectif : Solness, sa femme Aline et Hilde. Cette dernière semble d’ailleurs jouer plusieurs rôles à la fois sans jamais s’investir pleinement dans l’un ou l’autre. Cette épicurienne de coeur et d’esprit est tantôt la maîtresse sans pour autant échanger le moindre baiser avec Solness, l’amie confidente pleine de bons conseils et tantôt l’enfant qu’Aline et Solness ont perdu dans un incendie il y a longtemps.

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Les mains tendues vers le ciel, le corps tiré dans toute sa hauteur, Hilde semble vouloir atteindre le soleil et l’éternelle illusion d’une promesse à tenir. Elle s’épanche avec délicatesse et douceur tout en laissant transparaître un amour sincère et inconditionnel, pour l’homme qu’elle admire, dans ses intonations, ses yeux illuminés et ses gestes déployés. Avec ses airs de petite fille gâtée qui réclame son château dans les airs, Hilde fait preuve d’une grande maturité consciente de l’absurdité de la situation.

L’acte de toutes les illuminations prend place dans une troisième et dernière mise en scène très épurée. Les personnages se retrouvent à l’extérieur de la maison dans un jardin aux arrières boisés et sains. Aline, la femme bafouée de Solness se dévoile enfin guidée par ses « devoirs » faisant promettre à son tour à Hilde de protéger son ami d’un acte de désespoir qu’il serait capable de faire pour la jeune femme.

Aveuglé par cet amour dont la nature reste à définir, l’architecte dans une déprime et une tentative de rédemption incessante depuis la mort de ses jumeaux -il érige aussi des églises- touche du doigt le pardon de Dieu en grimpant tout en haut pour entourer le cloché d’une couronne de fleurs. Solness le constructeur, dans une chute vertigineuse, a semble-t-il trouvé la plénitude et la sérénité. La pièce loin d’éveiller l’attention dès le premier acte, va crescendo passant d’un leurre à une découverte pour finir en épanouissement.

Représentations au théâtre de La Colline jusqu’au 25 avril

Du mercredi au samedi à 20h30, le mardi à 19h30 et le dimanche à 15h30

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